30/06/2026 09:21 - Politica
L'Argentine traverse une période de fortes tensions politiques. La nomination récente de Diego Santilli au poste stratégique de chef de cabinet de la Nation par le président Javier Milei a déclenché une tempête politique. Pour comprendre l'importance de ce conflit, il faut savoir que l'Argentine est divisée en provinces (états), et la province de Buenos Aires est la plus peuplée et la plus riche du pays, distincte de la capitale fédérale, Buenos Aires (la ville autonome).
Ce lundi 29 juin 2026, Carlos Bianco, bras droit du gouverneur Axel Kicillof, a mené une conférence de presse intense. Il a révélé avoir envoyé un message à Santilli pour demander une réunion urgente. "Hier soir, après le dîner, je me suis préparé un thé et je lui ai envoyé une petite lettre d'amour", a ironisé Bianco, signalant que la missive contenait en réalité des revendications sérieuses.
Le ton est monté d'un cran avec des accusations directes. Bianco a déclaré que le gouvernement national a décidé d'effacer la province de son "carte de gestion". "Le problème n'est pas Santilli, c'est Milei : il a décidé de détruire, littéralement, non seulement l'État national, mais avec une certaine malveillance particulière, la province de Buenos Aires", a-t-il affirmé.
En Argentine, les gouverneurs sont des figures puissantes. Axel Kicillof (gouverneur) est un économiste péroniste historique, tandis que Javier Milei est un président libertarien de droite, élu avec un programme de réduction drastique de l'État. Diego Santilli, quant à lui, est une figure du parti PRO (centre-droit) qui a rejoint le gouvernement Milei, créant une dynamique complexe où le gouverneur provincial (Kicillof) se sent ignoré par le pouvoir central.
Le cœur du conflit est financier. La province réclame des fonds qui lui sont dus par l'État national. Selon Bianco, la dette totale s'élève à 17,8 billions de pesos (en échelle longue, l'équivalent de billions en français, soit des millions de millions). Cette dette se divise en plusieurs postes critiques :
L'impact social est la préoccupation majeure. Bianco a souligné que l'État national a discontinué des programmes vitaux comme REMEDIAR (distribution de médicaments gratuits), l'aide alimentaire pour les cantines communautaires, et le soutien aux femmes victimes de violences de genre. Le ministre de la Santé, Nicolás Kreplak, a présenté des projets législatifs pour tenter de pallier ces manques via des institutions provinciales comme l'IOMA (l'assurance maladie provinciale).
Cette dispute dépasse les chiffres. Santilli est vu comme un possible candidat au poste de gouverneur pour les élections de 2027. Bianco a taquiné : "Il se perçoit comme un habitant de Buenos Aires et veut être gouverneur, mais pour lui, la province n'existe pas sur la carte".
Pourtant, d'autres gouverneurs semblent optimistes. Gustavo Melella (Terre de Feu) et Alberto Weretilneck (Río Negro) ont salué la nomination de Santilli comme une opportunité de renforcer les liens avec les provinces, espérant une collaboration plus fructueuse malgré les tensions actuelles.
Alfredo S. Quiroga