Ce 10 août 2026 marque le début tant attendu du procès oral et public de Cristian 'Pity' Álvarez, figure emblématique du rock argentin, jugé pour le meurtre de Cristian Maximiliano Díaz, un voisin de 32 ans abattu de quatre balles le 12 juillet 2018 dans le quartier Samoré, à Villa Lugano, dans le sud de Buenos Aires. Le débat se tient devant le Tribunal Oral en matière criminelle et correctionnelle (TOC) n°29, composé des juges Gustavo Goerner, Juan Ramos Padilla et Hugo Navarro.
Un rockeur au comportement déroutant
L'arrivée de l'ex-leader des groupes Viejas Locas et Intoxicados — deux formations cultes du rock argentin des années 1990 et 2000 — a été chaotique, entouré de journalistes et de badauds. Pity est entré coiffé d'une casquette en feutre noir, lunettes de soleil et un t-shirt arborant la phrase 'Y si esperás, vas a entender' ('Et si tu attends, tu comprendras'), tirée de sa chanson 'Nunca quise'. Dans la salle, la gravité du moment s'est imposée face à Jacqueline Guzzardi, la fille de la victime, qui a baissé les yeux pendant la lecture de l'acte d'accusation.
La première journée a été marquée par des moments de forte tension et des attitudes inhabituelles. Pendant que le tribunal s'installait, le musicien a pris un stylo et s'est mis à dessiner un lapin sur une feuille. Un détail qui n'est pas passé inaperçu, rappelant 'Pila Pila', une chanson d'Intoxicados qui fait référence au célèbre lapin de la marque de piles Duracell. Mais la situation a dégénéré lorsque Pity s'est affalé sur sa chaise, a fermé les yeux et s'est apparemment endormi, allant même jusqu'à ronfler.
Le tribunal refuse la suspension
Son avocat, Javier Aldo Marino, a demandé la suspension du procès, arguant que son client n'était 'pas présent mentalement' en raison de son état cognitif dégradé. Le procureur Sandro Abraldes a réagi avec fermeté : 'L'autre possibilité est que M. Álvarez s'ennuie à ce procès. S'endormir ou s'ennuyer ne justifie pas de suspendre l'audience'. Il a rappelé que le musicien avait donné des concerts de plusieurs heures et accordé une interview lucide au magazine Rolling Stone. Le tribunal a finalement rejeté la demande de la défense.
À savoir : En Argentine, le TOC (Tribunal Oral en lo Criminal) est une cour collégiale qui juge les affaires pénales graves. Les juges sont trois et les décisions sont prises à la majorité. Ce type de procès est public et se déroule généralement sur plusieurs séances.
Une déclaration surprenante
Interrogé sur son éventuelle déclaration, Pity a simplement répondu : 'Plus tard'. Lors de l'interrogatoire d'identité, il n'a pas réussi à se souvenir de son numéro de document national (DNI) et a déclaré que sa profession actuelle était 'la musique'. Sur sa santé, il a évoqué des problèmes de hanche et d'hypertension, et a admis avoir été 'très dépendant à la pâte base' (une forme de cocaïne fumable), tout en affirmant avoir arrêté toute consommation en 1992.
Les faits reprochés remontent au 12 juillet 2018, aux alentours de 2h30 du matin, devant la tour 12B du barrio Cardenal Samoré. À la suite d'une dispute, Álvarez a tiré quatre fois sur Cristian Díaz avec un pistolet de calibre .25. Après avoir pris la fuite, le musicien s'est rendu le lendemain au commissariat n°52 de Lugano, déclarant : 'C'est moi qui ai tiré. Je l'ai tué', invoquant la légitime défense. La peine encourue est de 8 à 25 ans de prison.
Un procès à suivre
Le procès doit se poursuivre ce mercredi avec l'audition des cinq premiers témoins — sur un total de 70 prévus — lors de séances d'environ trois heures afin de ne pas fatiguer l'accusé. Parmi les témoins attendus figurent Verónica Román, Carlos Ulises Stiempcich, Agustina Inbernoz, Raúl Prieto Inbernoz et Fanny Johana Valdivia Quea. Onze audiences sont programmées entre août et septembre. L'avocat de la partie civile est Fernando Burlando, l'un des avocats les plus médiatisés d'Argentine.
Cette affaire très médiatisée mêle rock, drogue, violence et célébrité. Pour ceux qui ne connaissent pas Pity Álvarez, il est considéré comme l'une des figures les plus importantes du rock argentin, notamment pour avoir dirigé Viejas Locas (1993-2000) puis Intoxicados (2000-2009), deux groupes qui ont marqué toute une génération avec leur mélange de rock, de blues et de rythmes urbains.
Sources : Télam, Infobae, agences argentines – 10 août 2026